Acné : des traitements antibiotiques trop longs et souvent inefficaces

Abus d’antibiotiques et prescriptions trop longues pour traiter des acnés sévères… Le constat d’une nouvelle étude américaine alerte sur les risques d’antibiorésistance alors que des traitements plus efficaces existent.

Acné : des traitements antibiotiques trop longs et souvent inefficaces

L’acné est généralement prise en charge grâce à un traitement externe sous forme de gel ou de crème à appliquer. Le recours aux antibiotiques ne vient que dans un second temps. En dernière intention, les dermatologues se tournent vers l’Isotrétinoine, une molécule dérivée de la vitamine A anti-inflammatoire et efficace contre les acnés sévères dont le Roaccutane et ses dérivés font partie. La prise en charge de l’acné a fait l’objet d’une très récente mise au point par la Haute Autorité de Santé.

Des chercheurs en dermatologie de la New York University Langone Medical Center (États-Unis) viennent de montrer que les médecins prescrivent à leurs patients acnéiques desantibiotiques souvent inefficaces et sur une durée trop longue. Leurs résultats ont été publiés dans le Journal of the American Academy of Dermatology le 30 octobre 2015.

11 mois d’antibiotiques prescrits en moyenne

L’équipe a analysé les dossiers de 137 personnes de plus de 12 ans traitées pour des formes d’acné sévère entre 2005 et 2014. Tous ces patients ont d’abord été mis sous antibiotiques, soit 11 mois en moyenne, avant que leurs médecins ne reconnaissent l’inefficacité des médicaments et leur prescrivent des traitements à base d’Isotrétinoine.

Les chercheurs ont également constaté que près de 6 mois en moyenne s’écoulaient entre la date de prescription de cette famille de médicament et le début de leur prise effective. Les lourds effets secondaires (risques de malformations du foetus, dépression) pouvant être à l’origine de ces « retards » dans leur prise constatent les chercheurs.

D’autre part, la crainte des effets secondaires et les restrictions fédérales faites (notamment pour prévenir son usage durant la grossesse) contribuent à prolonger les traitements antibiotiques notent encore les chercheurs.

L’antibiothérapie doit être limitée à 6 mois

Pour Seth Orlow, l’un des auteurs principaux de cette étude : « Les médecins et les patients sont devenus bien trop complaisants quant à l’abus d’antibiotiques et à ses dangers subséquents d’accroître le phénomène d’antibiorésistance. »

Le problème s’en trouve même exacerbé lorsque les patients changent de praticien ou de plan de santé, sachant qu’alterner les différents antibiotiques si l’un s’avère inefficace est une routine pratiquée par la plupart des médecins, explique-t-il encore. Or les directives cliniques en la matière recommandent de limiter l’antibiothérapie à 2 ou 3 mois pour chaque famille de médicament, ou à 6 mois dans l’ensemble, jusqu’à ce que des améliorations significatives soient visibles.

Limiter les antibiotiques aux cas où ils sont vraiment nécessaires

Les médecins doivent donc parler à leurs patients de l’Isotrétinoine comme thérapie médicamenteuse le plus tôt possible, note Seth Arlow qui conclut ainsi : « L’acné reste la première raison de visite chez un dermatologue par les jeunes et il n’y a pas d’autres médicaments aussi efficaces que l’Isotrétinoine pour traiter les cas les plus sévères. »

Un avis proche des dernières recommandations françaises de la Haute Autorité de Santé qui avaient jugé que, comme pour les maladies infectieuses, l’utilisation d’antibiotiques pour traiter l’acné doit être limité aux situations où ils sont vraiment nécessaires et cela afin de limiter l’émergence de souches résistantes.

AFP/Relaxnews

Source : The use of oral antibiotics before isotretinoin therapy in patients with acne ; Arielle R. Nagler, MD, Emily C. Milam, AB, Seth J. Orlow, MD, PhD ; Journal of the American Academy of Dermatology October 30 2015 (abstract en ligne)

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