Islamophobie : Quand un médecin refuse de soigner une femme à cause de son voile

Islamophobie : Quand un médecin refuse de soigner une femme à cause de son voile

La polémique sur la mode islamique et le débat sur le voile à l’université ont mis à nu l’islamophobie rampante en France. Même si l’observatoire de l’islamophobie en France constate un recul dans les actes islamophobes pour le 1er trimestre 2016, les actes antimusulmans en France concernent tous les domaines et toutes les professions, même les plus libérales. La chambre disciplinaire du conseil de discipline de l’ordre des médecins de Rhône Alpes statuera en mai prochain sur le cas d’une femme médecin qui a refusé de soigner une patiente à cause… de son voile.

Les faits se sont déroulés en juin 2015. Prise d’une crise d’hypotension, une femme voilée et mère de 4 enfants se rend chez son médecin. Le médecin habituel étant en congé, elle est reçue par sa remplaçante. Elle retire son voile et s’installe pour la consultation. Mais, « la médecin semblait un peu pressée. Elle m’a pris la tension sans relever ma manche et ne m’a pas examinée davantage alors que je voulais comprendre pourquoi je me sentais mal depuis un moment », raconte-t-elle à Buzfeed.

Refus de soigner à cause du voile

Après cette brève consultation, la médecin lui prescrit un médicament contre l’hypertension. La femme voilée lui précise qu’elle y est intolérante et demande à ce que son médicament habituel lui soit prescrit. Sans même écouter ses précisions, la médecin lui rétorque : « ça vous fera 23 euros ». La femme voilée insiste sur le fait d’être intolérante au médicament prescrit. Les esprits s’échauffent et la discussion s’emporte. Le docteur déchire l’ordonnance et explique à sa patiente ne pas aimer les femmes voilées. La patiente sort son portable la défie de confirmer devant caméra ses dires. L’échange qui s’en suit est surprenant.

« Je vous en prie, surtout. Surtout portez plainte, au moins qu’on médiatise un peu la chose », lui répond la docteure sans sourciller. « Parce que je ne veux plus de femmes voilées en France », poursuit-elle face à la caméra. « Je vous ai dit de ne (pas) me donner du l’Heptamyl, vous m’avez dit de ne pas être voilée dans votre cabinet madame? », s’interroge la patiente. « Voilà. Je maintiens. Je maintiens », répond la docteure. « Vous maintenez quoi madame? ». « Je maintiens que j’ai dit que je ne voulais pas de femmes voilées dans mon cabinet », répond la médecin, parce que, poursuit-elle,  « c’est un signe ostentatoire religieux, c’est illégal ». Puis la chef de cabinet l’accuse de ne pas vouloir payer la consultation ce que n’a jamais dit la femme voilée.

Se sentant humiliée, la femme voilée lui fait remarquer qu’elle bafoue le serment d’Hippocrate et lui oppose le fait d’être Française. Ce que la médecin n’entend pas de cette oreille. « Vous êtes un scandale pour toutes les femmes (…) oui, si j’étais installée, oui, ce serait marqué sur ma porte (le refus des femmes voilées, ndlr) », répond la docteure qui admet par la même occasion avoir bâclé l’examen de l’enfant de la femme quelques jours plus tôt à cause du voile de la maman.

Plainte sans suite

Suite à cet échange, la maman décide de porter plainte à la gendarmerie. A sa plainte, elle joint une retranscription des vidéos prises avec son portable et le témoignage d’un autre médecin qui a confirmé le déroulé de la scène. Seulement, le parquet de Chambéry a décidé de classer la plainte sans suite. La femme voilée s’en ouvre alors au conseil de l’ordre des médecins qui interroge la docteure.

Cette dernière décrit dans son argumentaire une femme « voilée de noir et porteuse d’une grande robe noire informe » et « extrêmement agressive, me toisant avec des yeux pleins de haine » et qui plus est, refusait de payer le prix de la consultation. Elle reconnait avoir reproché à la maman son voile « ce qui est illégal en France », selon elle. Mais elle fait remarquer « son comportement me faisait craindre qu’elle n’appartienne à une mouvance terroriste » reliant ce « comportement » à la décapitation supposée près du cabinet d’un chef d’entreprise par un de ses employés musulmans.

Sans reconnaître des propos discriminatoires, le conseil de l’ordre constate « l’obstination » de la docteure et souligne « l’agressivité » de la patiente. « Je ne comprends pas trop la réaction du Conseil de l’ordre », regrette Fatima. « Ils disent que j’ai été agressive, alors que selon moi c’est le docteur qui l’a été. Je ne l’insulte pas, mon seul tort est d’avoir parfois levé la voix car je me suis sentie vraiment humiliée », explique la femme voilée. Des enquêtes complémentaires de Buzzfeed ont montré que la docteure, auteure de cette attitude islamophobe, est une habituée de faits similaires. « Cette docteure est connue comme le loup blanc ici. Ce n’est pas la première fois qu’il y des problèmes entre elle et ses patients », témoigne un collègue ayant requis l’anonymat. « Je me demande pourquoi l’ordre des médecins n’agit toujours pas. Ce qui la sauve, c’est qu’elle fait des remplacements de courte durée un peu partout, mais tout ça est très grave », commente-t-il.

Le « loup blanc » est passé entre les mailles de la justice française. Mais le conseil de l’ordre a d’ores et déjà indiqué que la docteure passera devant sa chambre de discipline. Sa décision est attendue pour la mi-mai.

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